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La candidature d’Abdoulaye Wade entre légalité et légitimité

Posté par: Pathe Diop| Lundi 06 février, 2012 10:46  | Consulté 2071 fois  |  24 Réactions  |   


Le samedi 31 janvier 2012, le Conseil constitutionnel sénégalaise livrait sa décision sur la validité ou non de la candidature du président sortant Abdoulaye Wade pour l’élection présidentielle de février 2012. Ce qu’on attendait de ce Conseil, c’était de statuer sur la recevabilité d’une telle candidature au regard de la Constitution sénégalaise, c’est-à-dire, « selon le principe fondamental de la légalité ou conformité à la loi »[1] constitutionnelle de 2007.

Au regard de la Constitution de 2007 qui déclare en son article 27 que « [l]a durée du mandat présidentiel est de sept ans [et que] le mandat est renouvelable une seule fois », personne ne peut alors douter de la légalité de la décision du Conseil constitutionnel quant à la validité de la candidature du président sortant[2]. Tous les débats juridiques et constitutionnels qui entourent la candidature du président Wade me semblent d’aucun apport pour résoudre ce que nous pouvons appeler désormais « le problème de la candidature du président Abdoulaye Wade » parce qu’ils se fondent sur les notions juridiques de « rétroactivité » et de « non-rétroactivité » de la disposition constitutionnelle relative au mandat du président, ainsi que de son renouvellement.

« Le problème de la candidature du président Abdoulaye Wade » en est un dans la mesure où les douze années de sa présidence sont émaillées de révisions constitutionnelles touchant particulièrement l’article 27 de la Constitution sénégalaise. Si nous nous référons exclusivement à la Constitution de 2001, le président Abdoulaye Wade pouvait briguer un deuxième mandat parce que l’article 27 qui limitait le mandat présidentiel à cinq le lui permettait. Et dans ce cas, il ne pouvait légalement parlant en briguer un troisième pour des raisons constitutionnellement on ne peut plus claires. Mais, étant donné que la Constitution sénégalaise a prévu et permet sa révision en son article 103, et ce, d’une part, par l’initiative concurrente du président de la République et des députés et, d’autre part, par la soumission de cette révision au référendum, alors force est de reconnaître que la révision initiée par le président en 2007, modifiant l’article 27 de la Constitution de 2001 et limitant le mandat du président à sept ans, renouvelable une seule fois, est aussi légale que la décision du Conseil constitutionnel validant la candidature du président Wade, au regard des dispositions de l’article 27 de la Constitution de 2007. Dès lors, la disputation relative à la rétroactivité ou la non-rétroactivité de la réforme constitutionnelle ne nous semblent pas être à même de résoudre « le problème de la candidature du président Abdoulaye Wade », dans la mesure où ces notions, appartenant chacune à une école de pensée juridique divergente l’une de l’autre, ne peuvent ainsi que diverger, et nécessairement, dans les péroraisons juridiques qu’elles apportent à ce problème de candidature.

« Le problème de la candidature du président Abdoulaye Wade » ne peut trouver sa solution que sur le terrain politique, étant donné que la révision constitutionnelles de 2007 initiée par Abdoulaye Wade lui-même et fixant le mandat présidentiel à sept ans, renouvelable une seule fois, n’est motivée que par des considérations politiques. Si nous voulons rester dans le domaine de la légalité pour prétendre apporter des solutions, alors, nous ne faisons qu’ouvrir une brèche au profit du président de la République à pouvoir opérer des cisaillements de la Constitution, selon son bon vouloir. Car, il n’est pas sans savoir qu’il n’y a rien dans la Constitution sénégalaise qui interdit au président Abdoulaye Wade de réviser derechef cette dernière, une fois qu’il sera réélu au terme de l’élection présidentielle de février 2012. Parce que la Constitution lui donne expressément l’initiative d’une telle révision, concurrente avec les députés. Et, du moment où dans la loi fondamentale de la République sénégalaise le président dispose du pouvoir de ne pas soumettre une révision constitutionnelle au référendum, mais de la soumettre tout simplement, comme le dit l’article 103 de la Constitution, à la seule Assemblée nationale qui peut l’approuver en réunissant la majorité des 3/5 des membres composant l’Assemblée nationale, alors le président pourrait, une fois réélu, réviser la Constitution afin de modifier l’article 27 de cette Charte. Et ce, d’autant plus que le président Abdoulaye Wade dispose à l’Assemblée nationale de la majorité requise pour cette initiative. Par conséquent, « le problème de la candidature du président Abdoulaye Wade » pourrait ne jamais légalement avoir un terme constitutionnellement arrêté, surtout que la fraude électorale semble être en Afrique comme qui dirait, une coutume constitutionnelle partagée.

L’angle sous lequel doit être vu « le problème de la candidature d’Abdoulaye Wade » nous semble alors, à bien des égards, être celui de la légitimité et non de la légalité. Et vu sous cet angle, la recevabilité de la candidature de ce dernier relève, en dernier ressort, non pas de la compétence du Conseil constitutionnel, mais de celle du peuple à qui appartient la souveraineté, comme le déclare l’article 3 de la Constitution. La mobilisation du peuple sénégalais du 23 juin 2011 contre le malheureux « ticket présidentiel »[3] est un exemple patent prouvant que la souveraineté appartient au peuple et non à des normes juridiques ou constitutionnelles.

La « solution de l’évitement du pire » que préconise Khalia Haydara[4] afin d’empêcher le chaos au Sénégal est, il est vrai, moralement louable et désirable, mais elle me semble, au fond, vouloir dire au peuple sénégalais de renoncer à sa souveraineté, dans un moment de nécessité exceptionnelle. « Le problème de la candidature du président Abdoulaye Wade » étant un problème essentiellement politique, seule l’action politique, qui pourrait générer de la violence, faut-il bien s’en douter, est en dernier ressort celle là même qui doit être mobilisée à son encontre. Si les cinq sages, pour désigner les cinq membres du Conseil constitutionnel, décidant de la recevabilité des candidatures à la présidence sont nommés par le président de la République (article 89 de la Constitution), si ces derniers, à quelques jours du dépôt des candidatures, se sont vus offrir des voitures et voient leur salaire être augmenté par le président, alors il tombe sous le sens qu’une tentative de corruption du pouvoir judicaire par le président est mise en branle par ce dernier. L’invalidation de la candidature de Youssou Ndour par le Conseil constitutionnel peut alors être perçue comme le résultat de la transaction politique entre les pouvoirs exécutif et judiciaire, lesquels entretenant des rapports commerciaux fort douteux. Par conséquent l’article 88 de la Constitution sénégalaise instituant l’indépendance des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire nous semble une absurdité juridique, et le caractère politique du pouvoir judiciaire de ce fait incontestablement établi. Dès lors, ce que Carl Schmitt appelle l’État juridictionnel, et qui est le cas de celui du Sénégal au regard de sa Constitution, c’est-à-dire l’État dans lequel « le dernier mot appartient au juge, arbitre suprême des conflits de droit, et non au législateur, créateur des normes »[5] n’exite plus au Sénégal.

Ceux qui, au nom de la prétendue souveraineté de la Constitution, invitent le peuple à respecter le verdict du Conseil constitutionnel, c’est-à-dire la légalité de sa décision, oublient tout simplement que cette légalité, étant dorénavant entachée de suspicion à raison de la connivence beaucoup trop étroite entre le président de la République et le Conseil constitutionnel, autorise légitimement le peuple sénégalais à exercer sa souveraineté substantielle afin de sauver l’État de droit, ainsi que les acquis démocratiques qu’il a su capitaliser tout au long de l’histoire. Les invitations des gouvernements étrangers, des chefs religieux et même de citoyens sénégalais au respect de la décision très politique du Conseil constitutionnel ne sont, nous semble-t-il, qu’une invitation du peuple souverain sénégalais à la résignation. Or, en matière de politique, la résignation ne nous semble rien d’autre que l’expression d’un aveu d’impuissance.

Si nous « rétroprojetons » un regard sur histoire des États-unis et de la France, par exemple, force est de constater que la démocratie, qui fonde leur État, n’aurait pas été possible si leur peuple respectif s’était contenté fatalement au respect de la légalité. C’était d’ailleurs contre la légalité même que ces peuples ont pu exercer légitimement leur souveraineté afin de gagner leur et fonder, par là même, deux des démocraties les plus solides du monde. 

Pathé Diop.


[1] Carl Schmitt « Légalité et légitimité », in Du politique « légalité et légitimité » et autres essais, Puiseaux, Pardès, 1990, p. 40.

[2] Voir sur ce point l’article très éclairant de Lucien Pambou, « Légalité ou légitimité : la candidature d’Abdoulaye Wade en février 2012 », publié le 9/01/2012 sur le site http://www.grioo.com/ar.legalite_ou_legitimite_la_candidature_de_wade_en_fevrier_2012_,21913.html 

 

[3] Le « ticket présidentiel » est un projet de réforme constitutionnelle soumis à l’Assemblée nationale par le président Abdoulaye Wade en juin 2011. Ce projet de réforme visait à instituer l’élection d’un président de la République doublée d’un vice-président, au suffrage universel direct, ainsi que l’élection du président avec seulement 25% des suffrages exprimés.

[4] Khalia Haydara, « Candidature de Maître Wade : éviter le chaos par la solution de l’évitement du pire (SEP) », vendredi 3 février 2012, inhttp://seneweb.com/news/Contribution/candidature-de-maitre-wade-laquo-eviter-le-chaos-par-la-solution-de-l-rsquo-evitement-du-pire-sep-raquo_n_58703.html

[5] Carl Schmitt « Légalité et légitimité », in Du politique « légalité et légitimité » et autres essais, op., cit, p. 41.

 L'auteur  Pathe Diop
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Commentaires: (24)
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Mole on February 6, 2012 (13:13 PM) 0 FansN°:1
on na pas besoin de savoir si légitime ou légal WADE le concerne qui a ouvert sa bouche pour dire j'ai vérouillé la constitution no comment.
Erreur de Lecture on February 6, 2012 (13:55 PM) 0 FansN°:2
"La « solution de l’évitement du pire » que préconise Khalia Haydara[4] afin d’empêcher le chaos au Sénégal me semble, au fond, vouloir dire au peuple sénégalais de renoncer à sa souveraineté, dans un moment de nécessité exceptionnelle". M. Diop, vous avez mal compris l'article du Dr. Khalia Haydara. Relisez ce passage et vous comprendrez qu'elle ne nie en aucun cas la souveraineté du peuple, mais la Solution de l'Evitement du Pire (SEP) repose tout entièrement sur la souveraineté du peuple, relisez donc ce passage de son article: « Après une longue réflexion conjecturale, il semblerait que la solution de la peur et du juste milieu soit de laisser au peuple le soin de valider ou de ne pas valider la candidature de Me Wade, par voie de référendum. Il s’agirait donc d’une procédure référendaire par laquelle l’ensemble des citoyens sénégalais s’exprimeront sur la dite candidature (…).D’ailleurs, en tant que choix exceptionnel qui répond à une situation d’Urgence Suprême, la Solution d’Evitement du Pire (SEP) s’allie merveilleusement avec l’article 3 du Titre premier de notre constitution qui établit que « la souveraineté nationale appartient au peuple sénégalais qui l'exerce par ses représentants ou par la voie du référendum. Aucune section du peuple, ni aucun individu, ne peut s'attribuer l'exercice de la souveraineté. Le suffrage peut être direct ou indirect ».
Verridik on February 6, 2012 (14:09 PM) 0 FansN°:3
Sera-t-elle payante, la stratégie de la contestation permanente qu’envisage d’adopter les leaders de l’opposition réunie au sein du M23 ? Alors que la campagne électorale bat son plein et que le candidat des Fal 2012, Me Abdoulaye Wade a pris la route avec ses grosses cylindrées, son hélico et ses partisans enfiévrés, l’opposition a décidé de faire cause commune et de casser du Wade sous le soleil de la place de l’Obélisque. Macky qui a inondé le pays de ses affiches, Idy qui clame partout sa certitude de succéder à Wade, Niasse qui rêve de revanche et Tanor de rédemption, prennent-ils, de la sorte, le bon wagon pour arriver au palais de l’avenue Senghor au lendemain de la présidentielle du 26 février ? Voire.

Les leaders du M23 veulent bien nous faire croire qu’ils sont en bonne empathie entre eux. Mains dans la main, l’esprit dans la Constitution et le cœur empli d’émotion, ils chantent l’hymne national de leurs voix éraillées par la poussière des rues dakaroises et des grenades suffocantes de la police. Ils doivent, pourtant, avoir bien à l’esprit que la présidentielle est un rendez-vous entre un homme et son peuple. Les Sénégalais devront faire un choix entre l’offre de Wade et celles des treize autres candidats. Les rassemblements, c’est bien. Mais ils devront, rapidement, sillonner individuellement le pays pour offrir leurs services aux électeurs. Wade est déjà loin. Il faut presser le pas
Vivrelibre on February 6, 2012 (14:30 PM) 0 FansN°:4
La candidature de wade n'est ni légale ni légitime. Une violation de la Constitution ne peut en aucun cas être ni légale encore moins légitime.
Prière de ne pas jouer avec les mots
Anonyme on February 6, 2012 (15:35 PM) 0 FansN°:5
Monsieur je n'ai pas intégralement lu votre article mais dès l'entame il me semble que vous êtes en train de faire une grave confusion entre la durée et l'occurence d'un mandat. Or la recevabilité ou non de la candidature de Wade ne peut pas être appréciée sous l'angle de la durée comme vous le faites. La Révision intervenue en 2008 et non en 2007 ne concerne que la durée même qui, de 5 ans a été ramenée à 7 ans. Cela importe peu. Ce qui est important Monsieur c'est que la constitution de 2001 n'est pas entrée en vigueur à partir de 2008 mais bien en 2001. C'est tellement simple, il a fait un mandat entre 2000 et 2007 et un autre entre 2007 et 2012. Alors il n'a plus droit à un autre mandat d'autant plus que son 1er mandat de 2000 à 2007 a été exclusivement consacré dans l'article 104. Un Mandat de 5, 6, 7 ans reste toujours un mandat qu'importe sa durée. Il faut revoir votre copie mon cher.
Jazz on February 6, 2012 (17:58 PM)0 FansN°: 39960
vous assi vous fetes erreur grave une loi constitutionnelle n etant jamais retroactive son premier mandat de 2000 a 2007 ne compte pas . donc il a fait un mandat de 2007 a 2012 et il a droit d etre candidat pr un second mandat
Rone66 on February 6, 2012 (16:03 PM) 0 FansN°:6
Je suis outre par cette démocratie a la sénégalaise qui par ses seules lois décident ou non qu’un candidat ne peut pas se présenter de plus une campagne électorale pour les petits candidats qui n obtiennent pas 1% des voies. Et le M23 qui essaye de nous endormir NON MERCI
Rone66 on February 6, 2012 (16:03 PM) 0 FansN°:7
Nous sommes prêts à donner nos vies pour le candidat Wade ! lui seul à le souffle nécessaire pour faire battre le cœur de millions de sénégalaises ! Allez sur les sites, écoutez-le, il nous parle du Sénégal de façon poignante ! un vrai républicain qui reprend les fondements de nos valeurs les plus sacrées
Rone66 on February 6, 2012 (16:04 PM) 0 FansN°:8
Si la démocratie est bafouée, je peux garantir une chose, ma voix n'ira ni a ces leaders la, C'est une honte, nous sommes en dictature, quand donc les sénégalais vont ils sortir de leurs gonds et rentrer dans le lard de tous ces bons à rien qui nous opposant
Bmw on February 6, 2012 (16:04 PM) 0 FansN°:9
vraiment les senegalais sont marrant on aime bien les grands debats. Moi je pose juste 2 questions oublions l'age du president, oublions le nombre de mandat et meme qu'il passera le relais a son super geni de fils
1-un president qui dit j'ai eu l'idée de faire telle chose donc je prends des droits d'auteur. Doit-il encore nous gouverner?
2-un president qui ose dire a son peuple les promesses n'engagent que ceux qui y croient. Doit-il encore nous gouverner?
Dans certains pays on demission pour moins que ca par respect et par dignité
je suis sur qu'on pourrait encore trouver 1000 question de ce type. Si on se respect pas nous meme faut pas s'etonner que l'on nous chie dessus
Au moins Wade aura reussi une chose montrer la vrai nature des senegalais
Rone66 on February 6, 2012 (16:08 PM) 0 FansN°:10
Si le président Wade doit être sanctionnée, ce doit être par le peuple et non par les politiques qui l'empêchent d'être candidat. Simple réflexion sur ce que doit être une démocratie. De plus le calcul de M23 est faux:
Anonyme on February 6, 2012 (17:12 PM) 0 FansN°:11
le calcule du M23 est faux???? on est vraiment pas sorti de l'auberge et c'est domage. La democratie c'est quoi au juste marcher sur son peuple. Vraiment il est temps que l'on pense a travailler pourquoi en afrique la politique rime avec fourberie pourquoi on a toujours besoin de se faire dicter notre conduite ? ayant un peu plus de dignité simplement
Ams on February 6, 2012 (17:44 PM) 0 FansN°:12
C'est le "GARDIEN" de la constitution qui avait confirmé qu'il n'avait pas droit à plus de 2 mandats ,c'est clair !!!.
Bmw on February 6, 2012 (18:40 PM) 0 FansN°:13
merci Ams.Et apres on veut que l'on confie la nation a une personne sans parole bel exemple que l'on donnera a nos enfants je me verrais mal dire a mon fils apres qu'il faut respecter ca parole et ne pas mentir il me dira mais papa notre president le fait et tu me dis de pas le faire alors que c est lui le premier model du pays lol
YEUDEU on February 7, 2012 (10:04 AM) 0 FansN°:14
Mr Pathe votre article est flou et vous appelez les senegalais a investir la rue.Par honetete intellectuelle,ce jour placez vous a la tete de la foule.
Anonyme on February 9, 2012 (18:21 PM) 0 FansN°:15
Excellent article, bien écrit. Théoriquement, il tient la route, mais pratiquement il est catastrophique pour le Sénégal

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Pathe Diop
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